Les prépas droit-éco

Sarah Gresset :
Chargée de développement RH à la mairie de Reims

J’ai passé à l’ENS les trois plus belles années de ma vie.
Sarah Gresset, ancienne élève de l'ENS Rennes
Chargée de développement RH à la mairie de Reims

Le lundi 18 janvier 2020, l’association UbiDEM a rencontré Sarah Gresset, une ancienne du département Droit-économie-management (promotion 2013-2017).
Son profil atypique et son parcours exceptionnel nous ont intéressés. Vous pourrez retrouver ci dessous la retranscription de nos échanges.

*L’objectif ici est de retracer le parcours de façon chronologique afin de comprendre comment ses choix ont pu s’emboîter, avec plus ou moins de difficultés. 

Quel a été votre parcours avant d’intégrer l’ENS Rennes ?

SG : Après l’obtention de mon baccalauréat scientifique, j’étais prête à m’inscrire en droit à l’université, mais un membre de ma famille m’a parlé de la prépa D1. La pluridisciplinarité de ce cursus m’a attirée (économie, culture générale…) et cela a rassuré mes parents de me voir entrer dans un cursus sélectif. J’ai donc intégré la prépa D1 Turgot en 2011-2013. L’exigence de la formation et la possibilité d’avoir une certaine autonomie dans son travail a été une véritable chance dans cette expérience. Aussi, l’option droit public que j’ai préparée dans le cadre du concours de l’ENS a été déterminante dans la suite de mon parcours, à savoir le travail dans l’administration.

Pourquoi l’ENS Rennes ? Est-ce que vous avez travaillé pour cet objectif ?

SG : Des anciens élèves de Turgot ayant intégré l’ENS étaient venus nous présenter l’école pendant que j’étais en prépa mais cela ne m’attirait pas forcément, même si j’avais des résultats encourageants.
Des soucis de santé dans ma famille en milieu de deuxième année ont fait que l’ENS n’était pas une priorité. Je pense que cela m’a aidé à réussir parce que je ne me mettais pas vraiment la pression, je faisais les choses à mon rythme, et j’ai finalement eu le concours.
Ce qui me plaisait avec l’ENS, c’était le fait de pouvoir continuer à faire de l’économie (et pas seulement du droit).

Quel a été l’apport du magistère sur votre vie professionnelle et étudiante ? Quelles compétences ont-elles été acquises et optimisées par le magistère ?

SG : Je travaille actuellement dans les ressources humaines (RH) et cela me vient de l’ENS. J’ai bien aimé le management mais je n’ai pas du tout aimé le marketing, la comptabilité, la gestion “pure”.
Le fait de continuer d’aller à la fac lorsqu’on est à l’ENS est un véritable plus et permet de ne pas rester seulement entre nous ; cela permet aussi d’avoir accès à des profs qui sont pour moi plus intéressants à la fac qu’à l’ENS.
Quand on arrive à l’ENS, on continue ce que l’on faisait avant – le droit et l’économie – et on s’ouvre encore sur de nouvelles matières -gestion…-; c’est assez agréable de découvrir de nouvelles choses et cela ne force pas à se spécialiser trop tôt!

Aussi, ce dont on se rend peut être pas compte sur le coup, c’est le fait d’acquérir une logique de recherche. Même si on ne continue pas dans le domaine de la recherche, on garde ce goût d’aller au fond des choses, de rentrer dans le détail et ne pas tout faire de manière superficielle.
Dans ma promo à l’INET (Institut National des Études Territoriales), j’étais la seule à n’avoir pas fait Sciences Po ; c’est assez impressionnant de se retrouver face à des gens qui ont fait un peu de tout et qui peuvent citer des auteurs à la fois en histoire, en sociologie… mais nous en droit on apprend à être très rigoureux, logiques.
Le fait de faire un mémoire dès le M1 avec l’ENS est sympa car rares sont les moments dans sa vie où on a le temps de se poser sur un sujet et de creuser (si on ne choisit pas la recherche bien sûr).

J’ai ce souvenir, lors de ma scolarité à l’INET, d’entendre un collègue de Sciences Po dire lors d’un colloque qu’il n’avait jamais mis les pieds dans une fac. On peut accuser les ENS d’entre soi (on ne saurait trop souligner son élitisme) mais malgré tout, la prépa D1 permet d’y mettre les pieds dès le départ, et l’ENS perpétue également ce lien avec le milieu universitaire !

Quels sont les stages réalisés à l’ENS ?

SG : En première année, j’ai passé deux mois à la préfecture de l’Ille-et-Vilaine. Dans un domaine un peu différent, j’ai pu m’immiscer un mois au Haut Conseil pour l’égalité entre les femmes et les hommes. Après mon mémoire qui traitait de l’économie collaborative et de concurrence déloyale, j’ai pu réaliser un stage d’un mois à la DGCCRF (Direction Générale de la Concurrence et de la Répression des Fraudes) qui constitue un des trois concours proposés par le Ministère de l’Economie. J’ai d’ailleurs passé ce concours à la fin de la préparation ENA. J’ai apprécié cet environnement à la croisée du droit et de l’économie.

Quel a été l’apport de l’agrégation dans la poursuite d’études et sur la vie professionnelle ?

SG : Après avoir obtenu l’agrégation en 2016, j’ai fait un report d’un an le temps de faire mon master 2 dans le cadre de la préparation ENA à Paris 1 et l’ENS ULM. Ayant eu le concours de l’INET que je souhaitais, j’ai refusé le bénéfice du concours de l’agrégation. Cependant, la préparation de l’agrégation en elle-même m’a beaucoup apporté et à vrai dire, je n’aurais probablement pas fini en RH sans l’agrégation. Les questions de conditions de bien-être au travail, la psychologie du travail découvertes l’année d’agrégation m’intéressaient énormément. De plus, je savais que je ne souhaitais pas me diriger vers une carrière d’enseignement : sans trop de pression pour l’avoir, je n’ai pas vécu l’agrégation comme une période particulièrement difficile.

Quel a été le parcours post- agrégation et plus généralement post-ENS ?

SG: Le fait d’enchaîner la préparation à l’agrégation et la prép’ENA a été dur et fatiguant. Les écrits de l’agrégation sont tôt, mais la prép’ENA dure plus longtemps (environ un an et demi).

À noter : À l’époque, le parcours prép’ENA que nous connaissons aujourd’hui avec l’ENS Rennes et Sciences Po Rennes n’existait pas.

En tant que normaliens, nous avons accès à cette prépa ENA sans passer les épreuves de sélection. C’est une très bonne prépa axée sur la méthodologie et qui prépare à fond aux concours. J’ai eu vraiment un choc entre l’agrégation et ces concours-là. Je pensais par exemple avoir une avance en économie, mais en fait c’est là où j’ai eu le plus de difficultés. Ce ne sont pas du tout les mêmes attendus, il fallait engranger un très grand nombre de connaissances. On était plusieurs à ne pas venir de Sciences Po dans cette situation. C’était frustrant.

Après la prép’ENA, j’ai passé le concours pour être administratrice territoriale et j’ai eu l’INET. C’est une école située à Strasbourg dont la scolarité dure dix-huit mois, on fait la moitié de stages et la moitié de cours. C’est une nouvelle formation, ce qui donne l’impression de recommencer sa scolarité de zéro mais c’est très intéressant. Si des élèves souhaitent en savoir plus sur la fonction publique territoriale, je suis disponible pour en discuter car je suis très contente de mon choix!

À noter: L’ENA, l’INET et l’EHESP (Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique – Rennes) forment les cadres de catégories A+ des trois versants de la fonction publique (haute fonction publique de l’Etat, haute fonction publique territoriale et haute fonction publique hospitalière respectivement).

Mon choix s’est tourné vers la territoriale grâce aux stages. J’ai commencé par faire un petit boulot dans la mairie du dix-neuvième arrondissement de Paris. C’est en triant les archives que je me suis rendue compte de tout ce qu’une mairie pouvait faire et j’ai trouvé ça génial car on s’occupe vraiment de la vie des gens. En 2014, j’avais réalisé mon premier stage d’ENS à la préfecture d’Ille-et-Vilaine au bureau du contrôle de légalité. Ici j’ai découvert la relation de l’État avec les collectivités territoriales. C’est très juridique mais ce n’est pas passionnant, on ne fait que contrôler des actes qui sont pris par quelqu’un d’autre. J’ai ensuite fait d’autres stages dans les services de l’État et j’avais l’impression de ne pas être près de la décision, donc cela ne m’intéressait pas plus que ça. J’ai fait un dernier stage à la mairie de Paris (mon rêve) dans la mission Ville Intelligente et Durable et j’ai adoré!

Est-ce que vous avez eu des hésitations dans votre parcours à l’ENS ?

SG : J’ai eu quelques hésitations au sujet de l’agrégation mais finalement je ne regrette absolument pas. Cela m’a réellement aidée à me démarquer pour obtenir le concours de l’INET. Pour l’anecdote, au grand oral de l’INET, j’étais la seule externe à pouvoir évoquer des questions autres que des politiques publiques et mettre en avant des questions purement managériales et je pense que cela m’a nettement aidée.

Est-ce que vous avez réalisé une année de césure et / ou un ERASMUS?

SG : Non, je savais que je n’allais pas finir mes études avant un certain temps donc je n’avais pas forcément envie de “perdre” une des mes trois années et j’étais bien comme ça.

Quelle est la profession actuelle exercée et quelles sont les perspectives et projets d’évolution ?

SG : Je suis chargée de développement en ressources humaines. À la sortie de l’INET, j’ai intégré la direction des ressources humaines de la Mairie de Reims. Ce qui est intéressant, c’est qu’à la sortie d’une école comme l’INET, le poste d’administrateur permet de travailler des domaines très divers comme la culture, sport, la protection de l’enfance, l’aménagement de l’urbanisme… finalement dans tous les champs de compétence de la collectivité ! Ce que j’aime au niveau du bloc communal, c’est la clause de compétence générale qui permet d’accéder à un très grand nombre de fonctions diverses et variées. À terme, j’aimerais peut-être revenir sur des questions de politiques économiques au niveau local par exemple : tisser des partenariats, mettre en place des politiques incitatives… en bref, pour exercer véritablement un poids à l’échelle locale du territoire. Aussi, à l’inverse de la fonction publique d’État, la fonction publique territoriale a cette particularité de ne pas être soumise au système de mutation en vertu de son principe de libre administration : pour moi, cela a été aussi un élément déterminant dans mon choix de carrière.

Quel a été le meilleur souvenir à l’ENS ?

SG : J’ai passé à l’ENS les trois plus belles années de ma vie. L’année de la préparation à l’agrégation, on s’appelait la “promo du Love”, on était tout le temps tous ensemble.
J’ai fait la Comuze pendant les trois ans, même si j’étais un peu moins impliquée pendant l’année de préparation à l’agrégation. Ce sont des choses que l’on aura pas l’occasion de refaire dans sa vie donc il faut vraiment en profiter à fond.

Quels conseils pourriez-vous donner à un jeune normalien en cours de formation ?

SG : Profitez, ce sont les meilleures années de votre vie pour vos études et au-delà. Quand je suis arrivée ici, on m’a dit “tout est possible avec l’ENS”, et il y a du vrai dans cette phrase ; à regarder la diversité des parcours de mes camarades de promo, c’est impressionnant. Il faut aussi apprendre à être patient ; ne pas penser que vous exercerez le métier de vos rêves à la sortie de l’ENS, mais bien voir cette école comme un très bon moyen d’y arriver.

Pour plus d’informations, vous trouverez sa page professionnelle : https://www.linkedin.com/in/sarah-gresset-administratrice/

Entretien réalisé par Adèle DOBRECOURT et Léa GOUEL, membres de l’association UbiDEM de l’ENS Rennes